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Cette semaine en recherche: Kobana Abukari (Ph.D.) est lauréat du prix « CFA Society Toronto & Hillsdale Canadian Investment Research Award »

 

Félicitations aux professeurs Kobana Abukari et Isaac Otchere, lauréats du prix annuel CFA Society Toronto & Hillsdale remis en 2017 pour le meilleur document de recherche en investissements canadiens « Dominance of Hybrid Contratum Strategies over Momentum and Contrarian Strategies: Half a Century of Evidence ».

Kobana Abukari (Ph.D.), professeur adjoint de finances à l’Université Laurentienne, et Isaac Otchere, professeur de finances à la Sprott School of Business de l’Université Carleton, ont vu sélectionner leur étude parmi onze (11) documents de recherche très compétitifs présentés par des universitaires des grandes écoles de gestion du monde et des praticiens des sociétés d’investissement de premier plan au Canada. Pour en savoir plus sur cette étude primée et les travaux de recherche qui l’ont rendue possible, nous avons rencontré M. Abukari pour lui poser quelques questions.

Question 1 : Pourriez-vous résumer le concept clé de votre recherche, à savoir l’étude intitulée « Dominance of Hybrid Contratum Strategies over Momentum and Contrarian Strategies: Half a Century of Evidence », qui vous a valu ce prix?

Les investisseurs veulent que leurs investissements réalisent un meilleur rendement et cherchent donc toujours des stratégies de placement qui les aideront à faire mieux que les marchés. Les placements momentum et à contre-courant sont deux des stratégies largement déployées. Les stratégies momentum reposent sur la notion de persistance de la dynamique du rendement, c’est-à-dire que, en achetant des titres qui ont enregistré un bon rendement au cours des trois aux douze derniers mois (c’est-à-dire des anciens gagnants à moyen terme) et en vendant des titres qui ont affiché de moins bons résultats au cours de la même période, cela aidera les investisseurs à réaliser des rendements anormaux au cours des trois aux douze prochains mois. Les stratégies à contre-courant se fondent sur la notion de revirement, c’est-à-dire que, en achetant d’anciens titres perdants (à long terme) et en vendant d’anciens titres gagnants (à long terme), les perdants et les gagnants ayant été évalués sur une période de deux à cinq ans, il en résultera des rendements anormaux au cours des deux aux cinq prochaines années (c’est-à-dire à long terme).

L’une des raisons pour lesquelles les stratégies momentum donnent des résultats escomptés, c’est que les investisseurs se comportent « en troupeau » ou sont influencés par les tendances. Alors, empressés de suivre le mouvement, ou pour ne pas rater le train, ils amplifient la tendance en faisant pousser les cours des actions dans le même sens à court et à moyen terme. En revanche, les stratégies de placement à contre-courant sont censées donner de meilleurs résultats à long terme, en partie parce que les réactions excessives des investisseurs seront corrigées ou inversées à long terme. Les rendements solides des stratégies momentum et à contre-courant au fil du temps, dans presque tous les pays, nous ont beaucoup impressionnés et fascinés.

Cependant, en examinant ces stratégies de près, nous avons vu la possibilité de créer deux nouveaux groupes de stratégies de placement (à savoir, les stratégies « contratum » et « momentanées ») en faisant interagir la logique de la période d’évaluation de chaque stratégie avec la logique de la période de conservation de l’autre. Nos stratégies contratum reposent sur l’idée que, en achetant des titres qui ont eu de moins bons résultats dans le passé lointain (les perdants à long terme) et en vendant des titres ayant obtenu de meilleurs résultats dans le passé lointain (gagnants à long terme), on obtiendra des rendements anormaux à moyen terme. Les stratégies dites momentanées reposent sur l’idée que, en achetant les titres ayant obtenu de meilleurs résultats dans le passé immédiat (gagnants à moyen terme) et en vendant les titres qui se sont révélés peu performants dans le passé immédiat (perdants à moyen terme), on se trouvera mieux lotis avec des rendements anormaux à long terme.

Notre hypothèse est que nos stratégies contratum hybrides donneront de meilleurs résultats que les trois autres groupes de stratégies parce que, à l’heure des avancées technologiques importantes et de l’accès instantané à l’information, les revirements devraient également se produire à court ou à moyen terme, pas seulement à long terme. Dès lors, nous nous attendions à ce que les stratégies contratum hybrides, qui évaluent les actions à long terme (comme les stratégies à contre-courant), mais les conservent à court et à moyen terme (comme les stratégies momentum), enregistrent de meilleurs résultats.

Pour tester cette hypothèse, nous avons évalué 16 stratégies momentum, 16 stratégies à contre-courant, 16 stratégies contratum hybrides et 16 stratégies momentanées hybrides, c’est-à-dire leurs rendements, en nous fondant sur les données concernant plus de 3 500 actions canadiennes, de 1956 à 2015.
Nos résultats montrent ceci :


•    Les stratégies contratum hybrides dominent les stratégies de placement momentum et à contre-courant. Les 15 stratégies principales sont des stratégies contratum hybrides. Seule une stratégie à contre-courant a surpassé la dernière stratégie contratum hybride.
•    La stratégie la plus performante, une stratégie contratum évaluée sur 60 mois et maintenue sur 3 mois, a généré un rendement mensuel couvert de 1,1 % contre 0,5 % sous une stratégie momentum usuelle et 0,7 % sous une stratégie à contre-courant classique.
•    Un investissement d’un dollar dans le portefeuille couvert de titres perdants, moins les gagnants, sous la stratégie contratum, au début de la période d’évaluation en février 1962, aurait valu 635 $ à la fin de la période d’évaluation commune, en janvier 2013, comparativement à 68 $ sous une stratégie à contre-courant classique et à 22 $ sous une stratégie momentum courante.
•    Le rendement des stratégies contratum hybrides n’est pas évincé par des anomalies documentées comme l’effet de taille, l’effet de janvier ou les facteurs macroéconomiques.


Question 2 : Quelle est la logique initiale de votre projet? Qu’attendiez-vous de trouver?
Notre hypothèse est que les stratégies contratum hybrides auront un meilleur rendement que les autres stratégies axées sur les rendements boursiers. Cette hypothèse est basée sur le raisonnement suivant : si l’on combine les preuves attestées de la tendance qu’ont les investisseurs à surréagir, à se comporter en troupeau, à suivre les tendances et à négocier des titres en se fondant sur des commentaires positifs, à l’heure des améliorations technologiques et de l’accès instantané à l’information, le revirement du marché devrait se produire aussi bien à court qu’à moyen terme (de 3 à 12 mois), pas seulement à long terme (de 2 à 5 ans).

Ainsi, vu la disponibilité immédiate de l’information aux participants du marché boursier, nous avons estimé que les investisseurs qui ont surréagi à certains événements d’actualité auront tôt ou tard des informations confirmant leur réaction excessive. De ce fait, nous nous attendions à ce que toute réaction excessive soit corrigée plutôt tôt que tard et que cette correction anticipée de la réaction initiale mène, toutes choses égales par ailleurs, à des revirements à moyen terme qui, selon nous, devraient favoriser la rentabilité des stratégies contratum hybrides.

Question 3 : Quels sont vos prochains projets de recherche, et quel en est l’objectif?
Mes projets de recherche continueront de se porter sur le financement empirique des entreprises, les investissements, l’analytique financier, la qualité du marché, la gouvernance d’entreprise et les grandes données. Notre prochain projet de recherche consistera à étendre la recherche actuelle sur les stratégies contratum à d’autres marchés. Nous envisageons de nous procurer des données en provenance des États-Unis (et d’autres pays) pour voir si les stratégies contratum domineront les stratégies momentum et à contre-courant sur ces marchés boursiers également.