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Cette semaine en recherche: Renouvellement du Chaire de recherche du Canada de Dr. Robert Schinke.

Robert Schinke (Ph.D.)

Robert Schinke est titulaire d’une Chaire de recherche du Canada, niveau II, sur l’activité physique et sportive multiculturelle, dont le financement a été renouvelé par le CRSH, et professeur titulaire à l’Université Laurentienne. De fait, il a reçu à plusieurs reprises des subventions du CRSH et de la Fondation canadienne pour l’innovation. Ses premiers projets de recherche auprès du CRSH, de type communautaire, ont porté sur les athlètes autochtones d’élite et les jeunes sportifs vivant dans une réserve du Canada, ainsi que l’acculturation des athlètes autochtones, après leur réinstallation hors réserve. Ce travail lui a valu en 2010 le Canadian Sport Science Research Award for Community Research (prix canadien de recherche en sciences du sport, recherche communautaire). Les subventions récentes du CRSH, reçues depuis 2012, lui ont permis de se pencher sur l’acculturation des nouveaux immigrants athlètes et les questions identitaires propres aux sportifs. Il est actuellement corédacteur en chef de la revue International Journal of Sport and Exercise Psychology, rédacteur adjoint de Case Studies in Sport and Exercise Psychology et membre du comité de rédaction de Qualitative Research in Sport, Exercise, and Health, and the Journal of Clinical Sport Psychology, après avoir été rédacteur adjoint de Psychology of Sport and Exercise. M. Schinke est président sortant de l’Association for Applied Sport Psychology, membre du conseil de direction de la Société internationale de psychologie du sport (ISSP) et candidat au poste de président en Espagne. S’il réussit, il sera le premier Canadien à le faire et aussi le premier psychologue du sport à être président des deux sociétés mondiales dans l’histoire de son domaine.

 

  1. Quelle est la fonction d’une Chaire de recherche et en quoi le renouvellement de votre mandat influe-t-il sur vos travaux? Une Chaire de recherche du Canada, de niveau deux, doit pouvoir imprimer sa marque au niveau international. La psychologie sportive culturelle est mon domaine d’expertise. Je travaille avec des athlètes et des entraîneurs de niveau international, en me basant sur leur héritage culturel et leurs antécédents. Je suis très honoré du renouvellement de mandat : cela signifie que j’ai fait un assez bon travail au cours des cinq premières années et que ce travail mérite des investissements supplémentaires de la part de la Laurentienne et du gouvernement fédéral. Je suis particulièrement honoré de pouvoir exercer mes fonctions de titulaire de chaire à la Laurentienne, où l’inclusivité culturelle est une réalité quotidienne alors que les professeurs parlant deux langues et héritiers de trois cultures (au moins) travaillent ensemble, brassant souvent langues et patrimoines à chaque table de discussion. En somme, le renouvellement de mandat favorisera grandement mes progrès en tant que chercheur, mais aussi, je l’espère, ceux du domaine en général. Il y a dix ans, j’ai inventé la psychologie sportive culturelle. Depuis, le domaine s’est développé prenant de l’ampleur dans le monde entier et de nombreuses revues de premier plan, à comité de lecture, lui ont consacré des numéros spéciaux. Je pourrai donc, grâce au renouvellement, continuer mon rôle de meneur dans ce domaine en plein essor jusqu’en 2020.

 

  1. Comment les Chaires de recherche du Canada appuient-elles le mandat de recherche à l’Université Laurentienne? L’un des principaux points de mire actuels de l’Université Laurentienne est le mentorat des membres du corps professoral et du personnel. Quand je suis arrivé ici, les programmes d’études supérieures commençaient à peine à être reconnus et la culture organisationnelle était en grande partie axée sur l’enseignement de premier cycle de haute qualité. De fait, ce n’est que récemment qu’on a assisté à un changement organisationnel en faveur des études supérieures et le renforcement des capacités professorales en matière de financement de la recherche. Grâce à mon mandat de titulaire de Chaire de recherche du Canada, j’ai pu travailler avec un nombre croissant de professeurs dans le cadre de projets financés par les trois Conseils. Ces professeurs travaillant comme codemandeurs sont en train d’enrichir leur expérience, ce qui augmentera leur capacité à développer des demandes de financement externe auprès des organismes subventionnaires de visibilité accrue. L’un de ces codemandeurs est l’un de nos anciens étudiants de doctorat, et il vient également de se voir décerner la Bourse de développement 2017-2012 de la Société internationale de psychologie du sport. Parallèlement, j’ai attiré à la Laurentienne un nombre accru d’étudiants de doctorat venus de pays étrangers de même que professeurs invités de l’extérieur du Canada. Ces ambitions s’accordent bien avec le plan stratégique actuel qui accorde une grande importance à l’inclusivité culturelle, à l’internationalisation et au renforcement des capacités dans le domaine de la recherche financée.

 

  1. Quels sont vos domaines d’expertise et quels travaux de recherche avez-vous menés à ce jour? Je travaille dans le domaine de la psychologie sportive culturelle et ce domaine de recherche, actuellement en plein essor, a pris une ampleur mondiale. Au départ, une grande partie de mes efforts m’ont amené à chercher à comprendre les questions entourant la race, en relation avec les sportifs autochtones, athlètes d’élite et participants au niveau communautaire. Encore récemment, j’ai élargi mon champ de recherche de façon à y incorporer divers aspects de l’identité des sportifs. La réalité est que chacun de nous est beaucoup plus que notre nationalité, ou la race, ou l’appartenance ethnique. Nous sommes tous uniques dans notre façon de tisser les différentes parties de notre identité sociale avec ces aspects qui nous servent de compétences pour nous orienter dans divers contextes sociaux de notre vie, y compris notre vie sportive, et nous en sortir. Les fonds reçus des trois Conseils ont permis, à mes collègues et moi, d’étudier l’acculturation des athlètes autochtones lorsqu’ils déménagent afin de poursuivre leur quête d’excellence sportive. Nous avons travaillé (et continuons de travailler) avec une équipe olympique canadienne dans le cadre d’un projet financé par le CRSH, et nous concevons des interventions qui permettront d’améliorer la formation culturelle de l’administration dirigeante, du personnel sportif et des athlètes. Enfin, et non des moindres, nous avons examiné l’acculturation des athlètes et des entraîneurs, contribuant ainsi au savoir dans ce domaine au sein du système sportif canadien. Notre contribution à l’acculturation des athlètes est très appréciée et a fait l’objet de publications dans plusieurs des revues de psychologie du sport et de sciences du sport les plus réputées à l’échelle mondiale.

 

  1. S’agissant des pratiques de psychologie du sport culturellement pertinentes au Canada, qu’est-ce qui vous intéresse le plus? Les clients sont culturellement d’origine diverse. La diversité des participants touche à la nationalité, à l’ethnie, à la race, à la langue, au sexe, à l’orientation sexuelle, au niveau de scolarité et au statut SE. Nous devons inclure les sportifs pour qui ils sont, et non les exclure, ce qui a pour effet d’exclure et de marginaliser les personnes qui souhaitent s’engager dans le sport et l’activité physique. Nous ne devrions pas intentionnellement ou involontairement faire taire les gens dans les systèmes sportifs locaux et fédéraux où ils s’engagent dans l’activité physique et cherchent à forger des liens sociaux. Les participants doivent se sentir habiliter et accepter, parce que le sport est une activité sociale qui peut servir de plateforme à une saine intégration sociale. La Laurentienne est un établissement triculturel où nos équipes universitaires incarnent la diversité même. Au niveau personnel, je me suis lancé dans la psychologie sportive culturelle, mon domaine d’étude, où j’ai été en mesure d’appuyer l’inclusivité d’ordre communautaire, au moyen de contextes sportifs olympiques, grâce à ce que j’ai appris à l’Université Laurentienne, parfois éclairés par les conseils francs de la communauté autochtone et nos collègues autochtones membres du corps professoral. Ces expériences ont façonné ma pensée, bonifié la qualité des étudiants des cycles supérieurs avec lesquels je travaille et donné une nouvelle forme aux programmes de sport dans lesquels je me suis investi au fil des ans.

 

  1. À ce propos justement, quel effet cela fait-il de voyager dans le monde et de voir de première main le fruit de vos travaux de recherches? L’effet est de celui qui cherche à faire que les sportifs en viennent à faire corps avec leur bagage culturel, à s’intégrer et à exceller dans le sport, l’activité physique, quel que soit le niveau qu’ils choisissent. Quand tout le monde est accepté dans (et par) le sport, l’excellence en tant qu’athlète et humain s’en trouve favorisée et le sentiment d’inclusivité culturelle est renforcé. Mon objectif principal, en travaillant avec mes collègues et étudiants, est de faciliter l’adaptation et l’acclimatation des athlètes au sein de leurs équipes, tout en facilitant la préparation culturelle des organisations sportives et des chargés de programmes communautaires, sport et activité physique, alors qu’ils accueillent des nouveaux venus. Au niveau du sport d’élite, près d’un athlète sur quatre de l’équipe olympique est un nouveau Canadien. La Laurentienne m’a donné la possibilité d’appuyer ces sportifs issus des minorités culturelles, de favoriser ces relations et de collaborer avec des organismes comme le Comité olympique canadien et À nous le podium grâce à mes projets financés. J’adopte une approche holistique de mes travaux de recherche, c’est-à-dire qu’ils doivent être mis en commun à toutes les parties prenantes, des athlètes aux intervenants communautaires, des organismes fédéraux et aux décideurs. Pour qu’une meilleure intégration sociale se produise, l’esprit d’inclusivité doit imprégner les programmes sportifs, à tous les niveaux. L’an dernier, aux Jeux olympiques de Rio, j’étais membre du personnel appelé à soutenir les athlètes et les entraîneurs canadiens, et c’était merveilleux de voir certains de nos athlètes se centrer sur leurs pratiques culturelles, même lors de l’échauffement, avant la performance olympique.

 

  1. Que pouvez-vous nous dire de vos projets de deuxième mandat quinquennal en tant que titulaire d’une Chaire de recherche du Canada? Je viens de déposer auprès du CRSH une nouvelle demande de subvention Savoir de cinq ans qui me permettra de poursuivre mes travaux sur l’acculturation ainsi que les méthodologies ou approches communautaires auprès des participants marginalisés. L’accent sera mis en particulier sur l’acculturation des jeunes réfugiés par l’entremise de programmes sportifs communautaires. Prochainement, je développerai une deuxième demande au CRSH, cette fois-ci un projet de développement Savoir portant sur le terrorisme sportif dans le contexte de grands événements sportifs. Parallèlement, je prépare à présent un projet de recherche avec un étudiant de doctorat, qui sera soumis à l’Association des entraîneurs du Canada et qui mettra particulièrement l’accent sur la culture organisationnelle des milieux de formation olympique canadiens. Dans le cadre des projets de ce mandat, à plus long terme, je collaborerai également avec un ancien étudiant au doctorat pour mener un projet autochtone en collaboration avec une réserve dont le nom n’est pas divulgué. J’ai également l’intention d’étendre mes travaux sur l’identité des athlètes de l’équipe nationale, au-delà d’un projet de développement antérieur Savoir du CRSH, dans le cadre d’une demande de subvention multisport.