‘Aux quatre vents de l'avenir possible’ de l’éducation universitaire en Ontario français

par Robert Haché

La ville de Sudbury, une « terre de pierre, de forêts et de froid, » comme écrivaient autrefois des poètes et anciens de l’Université Laurentienne, a été la scène d’importants mouvements qui ont bouleversé l’histoire sociale, culturelle et politique de l’Ontario français.

Nul plus que la Laurentienne, université bilingue qui fête cette année ses 60 ans, met cela en évidence : les balbutiements de CANO, formation artistique bilingue et révolutionnaire qui nous a donné plusieurs de nos institutions culturelles; la toute première Nuit sur l’étang, la « folie collective d’un peuple en party » dans l’auditorium de l’Édifice Fraser; la création collective du drapeau franco-ontarien par un groupe intrépide d’étudiants prenant un café avec un professeur au Grand Salon de l’Université; l’appui collectif au Théâtre du Nouvel-Ontario, organisme qui met en scène des pièces qui nous rassemblent et nous ressemblent.

La Laurentienne a une riche tradition comme incubateur du talent de chez nous et d’ailleurs. 

Elle a surtout été un phare lumineux de l’éducation de langue française en Ontario, offrant tout un éventail de programmes pour soutenir les ambitions et aspirations de jeunes francophones qui ont marqué notre communauté, notre province et notre pays. Nous sommes en outre la première université bilingue reconnue en vertu de la Loi sur les services en français et parmi les quelques universités offrant des programmes bilingues et en français en Ontario.


La décision de suspendre les admissions à 17 volets de programmes à faible inscription, dont neuf de langue française, a fait couler beaucoup d’encre et créé des remous au cœur de notre communauté. Mais, est-ce bien « l’hécatombe » annoncée par certains? Le « déclin de l’offre éducative en Ontario français » affirmé par d’autres?

Il faut bien comprendre que ces suspensions d’admission font partie du cycle naturel de renouvellement qui se produit dans les universités au fil du temps, et que nous continuons à offrir des programmes dans les disciplines qui ont été touchées par cette annonce. La Laurentienne doit se réinventer : nous sommes, après tout, un établissement qui a créé des programmes innovateurs et populaires de langue française, tels qu’en droit et justice, administration des affaires, orthophonie et zoologie. 

Il importe également de souligner que les étudiants actuellement inscrits aux programmes concernés seront en mesure de terminer leurs études. Nous collaborons étroitement avec eux afin de les appuyer et de leur suggérer toutes les options possibles.

Alors que nous célébrons notre histoire, nous devons aussi nous tourner vers notre avenir et les 60 prochaines années de la Laurentienne. Notre plan stratégique et notre nouveau plan d’enseignement (approuvé en juin dernier) visent le renouvellement de nos programmes et assurent un espace francophone dynamique à la Laurentienne. Nous nous penchons notamment sur l’enrichissement de nos programmes de langue française tout en améliorant les possibilités de faire des études dans les deux langues officielles. Nos efforts pour faire rayonner la francophonie et assurer l’offre des programmes en français se poursuivent.
 

Nous comprenons l’anxiété et les craintes de notre communauté. Les francophones de l’Ontario, nous le savons bien, ont historiquement été mis en marge de l’éducation et ont dû livrer de durs combats pour obtenir le droit à l’éducation de langue française : l’abolition du Règlement 17, la crise scolaire de Sturgeon Falls et de Penetanguishene, et les négociations qui ont mené à la création de l’Université de Sudbury et de l’Université Laurentienne – ils s’insèrent tous dans notre histoire et notre forte identité linguistique.

Grâce à notre mandat triculturel et à notre engagement ferme envers la Francophonie, la Laurentienne alimente la relève, c’est-à-dire, la prochaine génération de jeunes artistes, juristes, environnementalistes, enseignants et autres chefs de file francophones que réclament nos communautés. Ici à la Laurentienne, la langue française prospère.

Vous aurez toujours votre place à la Laurentienne. Nous affirmons notre passion pour notre communauté et pour « la langue de Dalpé et Desbiens » (une variation franco-ontarienne sur « la langue de Molière »), et aussi d’Obonsawin, de Mbonimpa et de Gravel, ces luminaires de la Laurentienne, dans toute une vibrante gamme d’accents.

Vos racines, votre langue et vos acquis seront protégés, valorisés et célébrés. Nous continuons d’être le phare lumineux qui rassemble notre communauté, soutient les aspirations de notre jeunesse et annonce l’avenir de notre collectivité.

Comme le chantait CANO, nous sommes « aux quatre vents de l’avenir possible ».

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M. Robert Haché, Ph.D., est recteur et vice-chancelier de l’Université Laurentienne à Sudbury.